LES ENGAGÉS

indiens-taileeurs-de-pierreLes Comores, Madagascar et surtout le Mozambique furent les premiers pays fournisseurs. Les recruteurs y achetaient des esclaves, les libéraient sur place et leur faisaient signer un contrat d’engagement. Le système n’était à peine une forme déguisée de traite et il fut aboli en 1859. En 1858, on compte 60000 immigrants africains, indiens et malgaches. L’amélioration des relations franco-anglaises a permis d’emmener dans l’île plus de 110000 travailleurs indiens, en moins de 25 ans.

Ils sont recrutés par les Mestrys (agents spécialisés dans le recrutement de coolies, du tamoul, kull, manoeuvre, fait tous les ouvrages) et viennent de différents points de la côte indienne : Pondichéry, Mahé, Madras, Calcutta, Bombay, etc.

Engagés pour une durée de cinq ans,ils peuvent soit renouveler, soit rentrer chez eux, au terme de la période en question. Ce contrat est matérialisé par un “livret de l’engagé”. Les conditions de l’engagement sont rarement appliquées. Depuis l’embarquement et pendant le transport, dans des navires de transport de marchandises, les engagés subissent les plus mauvais traitements.
Engagés indiens tailleurs de pierre

Confinés dans des espaces clos et mal ventilés ou à proximité des vaches ou des balles de riz, les plus résistants arrivent souvent malades ou au bord de l’épuisement.

Aussi, pour une meilleure rentabilité, on améliore la législation existante et un arrêté du 11 juin 1849, émanant de Sarda Garriga, commissaire de la Réunion, redéfinit certaines clauses.

20 décembre 1848

20 décembre 1848

Les articles 7 et 11 déterminent la ration quotidienne des engagés sur les bateaux. Ceux-ci auront droit à 3 litres d’eau, 80 décagrammes de riz, 10 décagrammes de poisson salé ou de légumes secs et 10 grammes de sel.

D’autres décrets réglementent le transport des émigrants (27 mars 1852). L’article 16 porte l’approvisionnement journalier par passager à 220 grammes de viande salée ou 214 grammes de poisson salé, 750 grammes de biscuit ou 1 kg de riz, 120 grammes de légumes secs et 3 litres d’eau.

L’arrêté du 3 juillet 1862 prévoit, pour les émigrants à destination de la Réunion, en plus des vêtements de rechange nécessaires, une ration hebdomadaire de 4074 grammes de riz, 1498 gramme de Colombo (sauce épicée à base de viande ou de légumes), 336 grammes de poisson salé, 446 grammes de “dholl (variété de pois-lentilles) 150 grammes de mouton ou de porc, 250 grammes de patates, 112 grammes de graminées, 300 grammes de giraumont (courge-citrouille).

En réalité, sur beaucoup de navires, ces quantités n’étaient pas respectées. “Les engagés ont beaucoup souffert de leur traversée. Ils se plaignent tous de n’avoir reçu qu’un quart et demi de pinte de riz par homme et par jour, et une poignée de riz cange cru et sec, la nuit...”, rapport d’un médecin normand.

En 1877, 28943 travailleurs sont affectés aux travaux de culture et 7716 à la domesticité. Les hommes sont jardiniers, cochers, les femmes sont employées comme cuisinières, gouvernantes, chambrières...

Ces indiens, issus de castes différentes, se retrouvent réunis dans des “camps”, non loin des demeures des autres groupes ethniques d’engagés.

Cantonnés dans des paillottes (basses cases en terre ou en bois, construites sans fondation, à même le sol et recouvertes de pailles, ou encore dans des cabanons, vastes longères en bois ou en pierres, divisées en appartement de 10 m2, chaque place est réservée pour ue famille constituée ou par plusieurs célibataires), le camp est alors un immense dortoir où s’entassent plusieurs centaines de personnes et où les problèmes liés à une telle promiscuité sont évidents.

Les rares moments de repos et de détente sont consacrés à la fabrication et à la prise des repas.

La nourriture, fournie obligatoirement par l’engagiste, dépend de l’approvisionnement des magasins.

Le magasinier répartit à la longue file d’attente, le riz, le sel, la morue u autre poisson salé et, plus rarement, de la viande fraîche ou salée, ou des légumineuses (grains). Souvent, le riz est mélangé à du maïs, ou même remplacé par lui.

Le riz de Saïgon est distribué de préférence au riz du Bengale, de Mangalore, réclamé par les indiens, car plus nourrissant et rendant mieux à la cuisson. Les racines alimentaires, distribuées lors de pénurie, telles que le maniocs, ne sont appréciées que par les cafres (noirs) et les malgaches.

Devant leurs cases, certains engagés cultivaient un petit jardin et élevaient des animaux qu’ils rentraient le soir, dans leur logis.

La journée, les enfants qui n’ont pas l’âge de travailler (les moins de dix ans), vont chercher les fruits sauvages et les brèdes qui vont améliorer l’ordinaire.

Les condiments sont achetés à la boutique voisine, qui se trouve rarement hors de la propriété, à laquelle le propriétaire est généralement intéressé, et qui fait crédit. Toutes les épices indiennes sont apportées de l’Inde par les marchands de passage. Ils fournissent aussi les ustensiles. Les célibataires cuisent le dimanche un carry de légumes sans sauce, à la manière d’un gâteau dont ils découpent les tranches pour accompagner le riz quotidien.

Les engagés volontaires rencontrent un gros problème. Comment résister à plus de douze heures de travail, avec du riz et des grains secs (haricots, vohèmes, embrevattes et autres pois du Cap), et ceci 26 jours par mois, pendant cinq ans ? Certains parents végétariens, le restent en dépit de tout, mais les autres et surtout les enfants en contact avec d’autres habitudes alimentaires et devant la nécessité du travail, s’habituent, eux, à manger du poisson, puis la viande.

Certains dimanches ou jours de fête, les indiens s’associent pour acheter un cochon ou un cabri, pour le consommer en carry, en massalé, avec du “larson” (c’est un bouillon à base d’épices, de jus de tamarin et épaissi par des pois, lentilles ou pommes de terre).

Les autres jours où la viande fait défaut, les engagés consomment avec leur riz et grains, des “bouillons de brèdes” (décoction d’herbes ou de parties terminales de certaines tiges de légumes, chouchou, citrouille, pariétales, morelles), le tout agrémenté d’une sauce piquante, le “rougaille”, qui rend les sauces moins fades.

Souvent, ils s’enivraient de “calou”, liqueur que les indiens retirent des feuilles de cocotier, de palmier ou de dattier.

Certains engagés indiens sont retournés dans leur pays natal, mais la plupart, ou leur descendance, est restée dans l’île et compose aujourd’hui plus du tiers de la population.

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