L’APOGÉE DE L’ESCLAVAGE

Exclaves enchaînés

Exclaves enchaînés

Ce développement sucrier s’accompagne en plus d’une réduction brutale des cultures vivrières, d’une forte immigration de main-d’oeuvre.

La population est passée de 27 700 habitants en 1767, à 65 000 en 1804.

Les blancs (et les affranchis alors peu nombreux) sont 5 300 en 1767, 27 200 en 1830 (dont 7 000 affranchis).

Pendant la même période, le nombre d’esclaves passe de de 22 200 à 71 000.

Ces esclaves connurent, avant même leur arrivée, des conditions de vie très difficiles. Le voyage est souvent périlleux, à cause de conditions de vies impensables : surcharge, manque d’eau, de moyens sanitaires et surtout alimentation des plus déplorables (légumes secs ou riz, eau et sel, parfois un peu de poisson salé).

escalvre-canneCes esclaves habitent dans des camps, près de l’usine, à proximité des magasins des hangars, des écuries et des étables, des balances et des bureaux, tout ce qui constitue “l’établissement”, non loin de la maison du maître.

Ces esclaves sont composés essentiellement de malgaches et d’africains pour le travail très rude de la terre et des usines, d’indiens pour les travaux domestiques (cocher, jardinier, cuisinier, etc.) et l’artisanat (menuisiers, charpentiers, maçons, etc.).

La vie de ces esclaves dans les camps est difficile et fort simple : “A la nuit tombante, les esclaves cessent leurs travaux. Ils se rassemblent tous sur l’argamasse (plateforme pour sécher le café) ; le géreur (le blanc qui a la surveillance de l’habitation) fait l’appel nominal. “maintenant, vous autres, écoutez, leur dit-il, que les commandeurs viennent se placer autour de moi. Jean-Louis, demain matin, tu te mettras à la tête de la petite bande (c’est celle de jeunes noirs de 8 à 15 ans)nnerie ramasser les cotons qui sont nouvellement ouverts.
Comme nous aurons beaucoup de bazr,

Cupidon aidera la négresse bazardière Esclaves dans la canne à sucre à porter ses paniers de légumes et de fruits. La grande bande se partagera en deux. Une moitié ira casse le maïs qui nous reste à récolter dans les hauts, l’autre moitié ira à la cueillette du café rouge. Les commandeurs veilleront bien à ce qu’on ménage les arbres et à ce que les fruits ne soient cueillis en parfaite maturité. Vous autres vieilles et vous autres nourrices, vous continuerez à faire des sacs pour notre café, parce qu’après demain, les noirs feront un voyage pour porter au quartier ce que nous en avons préparé. Les noirs charpentier se mettront à travailler à notre nouvel hôpital. Zéphyr, tu donneras 25 coups de fouet à notre voleur de café et autant au marron que l’on vient de nous ramener. Vulcain, le forgeron, les mettra tous les deux à la chaîne. Ils ne feront autre chose que de moudre du maïs. Jupiter, tu iras avec la Fortune, Oscar et Narcisse porter les deux cochons que nous avons vendus au boucher. Comme il commence à faire froid, vous rapporterez une couverture de toile bleue qu’on partagera entre vous tous. Mais, je préviens que je fais punir le premier qui vendra son rechange pour boire, ou qui donnera sa toile à des négresses. A présent, vous n’avez qu’à vous en aller souper” (A. Billard).
fersCe même Billard continue : “Il n’est pas encore huit heures du soir. Le plus profond silence règne bientôt sur toute l’habitation. Il n’est troublé que par le cri des grillons ou par le chant monotone d’un noir qui s’accompagne du bobre ou du vall... Combien de fois me suis-je endormi aux chants des noirs, qui se prolongent souvent jusqu’au milieu de la nuit ! Les noris ne prennent que peu de sommeil. en nous prenant dans leur camp entre dix et onze heures, nous en
Fers destinés aux esclaves trouverons qui ne sont pas encore endormis. Arrêtons-nous un instant près de cette cabane. Le noir, sa commère qu’il appelle sa femme; leurs enfants, sont accroupis autour d’un petit foyer, car ils aiment à avoir du feu, même dans la saison la plus brûlante. Auprès de ce feu, il y a une petite marmite. Un noir serait malheureux s’il n’était propriétaire d’une petite marmite pour y faire cuire ses brèdes assaisonnées de piment, ou préparer à sa manière, les pois du Cap et son maïs”.

Ce loisir de cuisiner soi-même, les rares denrées qui se trouvent autour de la cour, est considéré comme une grande liberté, mais cela n’est pas sans intérêt pour le maître, car il peut se permette de réduire encore plus les quantités de nourriture distribuées.

Un autre texte de A.Billard, en 1822, nous permet de voir comment la nourriture dans l’île, au début du XIXèem siècle était assez proche de celle d’aujourd’hui :

“Nous dînerons à quatre heures. La table est proprement servie, car on en change le linge à tous les repas. Tous les mets qui nous sont offerts sont du produit de l’habitation. Ce sont des karis encore, et des fricassées de volailles, accompagnées de petits hors-d’oeuvre pimentés, tels que des rougails de bringelles et d’autres fruits, des hacahrds de palmiste et de mangue, qui semblent être un objet de première nécessité. Les palmistes reparaissent en salade ou en entremets. On détruit un arbre de 60 pieds, le plus bel ornement de la forêt, pour en avoir le chou, qui est à la vérité, un manger délicieux... aux légumes de France, se réunissent les margoses amères, des aubergines, des ambreuvades qui rappellent un peu des lentilles, et des papangayes qui ont le goût de nos petits pois en primeur”.

Ce repas, si riche et varié, sera très différent de celui distribué aux esclaves.

“La bande se précipite vers la case enfumée, où le vieux cuisinier fait cuire, dans deux grandes marmites, des pois du Cap et du maïs. Chaque noir se présente avec un débris de calebasse, un plat de bois, une moitié de coco de Praslin ou seulement une feuille de bananier, pour prendre part à la distribution. Tous s’en retournent au camp et aux postes qui leur sont assignés”.

L’abolition de l’esclavage fut l’oeuvre de la Révolution de 1848 qui, par le décret de mars de la même année, ordonna la libération de tous les esclaves et le commissaire générale Sarda Garriga proclama cette abolition, à la Réunion, le 20 décembre 1848.

Cela concernait 60 161 esclaves et se déroula dans un calme surprenant, tant du côté des nouveaux citoyens que de celui de leurs anciens maîtres.

La traite des esclaves interdite depuis quelques années avant l’abolition, l’abandon du travail de la terre par les affranchis, le retour de certains engagés, constituent une baisse importante de la main-d’oeuvre, et cela ne va pas de paire avec le développement de l’agriculture et de l’industrie sucrière.

Aussi, il faut songer à de nouvelles sources de main-d’oeuvre.

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